Webinaire FORESTT « Les vieilles forêts : enjeux écologiques et patrimoine naturel à préserver », 15 septembre 2026 de 14h à 16h - Présentation et inscriptions

15 septembre 2026

Webinaire

Les inscriptions au prochain webinaire du PEPR FORESTT sont ouvertes ! Il aura pour thématique : « Les vieilles forêts : enjeux écologiques et patrimoine naturel à préserver » et aura lieu le 15 septembre 2026, de 14h à 16h30.

Le prochain webinaire du PEPR FORESTT aura lieu le 15 septembre 2026, de 14h à 16h30 et aura pour thématique « Les vieilles forêts : enjeux écologiques et patrimoine naturel à préserver ».

1/ Cadrage scientifique

Ce webinaire vous invite à découvrir un écosystème rare, celui des Vieilles Forêts.  Ces forêts aussi nommées subnaturelles ne se résument pas à l’âge de leurs arbres. Elles se caractérisent à la fois par une présence forestière continue depuis plus d’un siècle et demi et par un haut degré de maturité écologique. 
Dans un contexte de bouleversement profond de nos écosystèmes en lien avec le dérèglement climatique et l’effondrement de la biodiversité, le rôle des Vieilles forêts dépasse la seule conservation patrimoniale. Véritables puits de carbone et hotspots de biodiversité, elles sont des laboratoires naturels pour étudier la résilience des forêts. 
Leur inventaire constitue une étape déterminante pour leur préservation. Il repose sur un ensemble d’indicateurs, notamment la densité de très gros bois, vivants ou morts, qu’ils soient sur pied ou au sol, ainsi que la présence et la typologie des dendromicrohabitats, et peut aujourd’hui s’appuyer sur des méthodes innovantes, en particulier les techniques de télédétection, qui offrent des perspectives prometteuses pour en faciliter l’évaluation.
Ces écosystèmes offrent également un témoignage unique des processus naturels d’évolution et d’adaptation des forêts face aux variations environnementales, permettant de mieux comprendre les mécanismes qui soutiennent leur stabilité et leur capacité de résilience à long terme.
Les travaux d’écologie historique, mobilisant notamment l’archéologie, l’anthracologie et la paléoécologie, contribuent à éclairer les dynamiques forestières et à retracer leur trajectoire sur le temps long. Ils mettent en évidence la diversité et la complexité des usages des forêts au fil des siècles.
La question du transfert des connaissances scientifiques vers les politiques publiques et les documents de gestion forestière est centrale. À l’échelle européenne, la Stratégie de l’UE pour la biodiversité à l’horizon 2030 fixe notamment l’objectif d’identifier, cartographier, suivre et protéger les forêts primaires et anciennes. En France, ces orientations trouvent un écho dans le Programme national de la forêt et du bois (PNFB), qui promeut la préservation de la biodiversité et l’amélioration des connaissances sur les services écosystémiques. Ces démarches relèvent d’une gestion forestière intégrative, fondée sur les attributs de maturité, la libre évolution et une prise en compte des continuités écologiques à l’échelle des massifs.

2/ Le principe des webinaires du PEPR FORESTT

  • Des capsules vidéo préenregistrées, en format 5 ou 20 minutes, en français ou en anglais, déposées sur la chaîne YouTube du PEPR d’ici le 17 août, afin d’être mises à disposition de la communauté scientifique et des porteurs d’enjeux pour visionnage et commentaires.
  • Un webinaire de conversation scientifique, le 15 septembre 2026 de 14h à 16h30, pour échanger sur ces présentations et répondre aux questions.

Vous pouvez participer activement à l’élaboration de ce webinaire, en rejoignant les 1ers contributeurs ! Pour cela proposez, lors de votre inscription sur ce Framaform, un sujet en lien avec la thématique. L’ensemble des contributeurs se verront proposer un échange avec les organisateurs entre le 15 et le 26 juin pour préciser le cadre de leur présentation et commencer à structurer le webinaire du 15 septembre.

Cette animation est bien entendu ouverte aux doctorant.e.s, ingénieur.e.s et technicien.ne.s de la sphère académique et des parties prenantes.

3/ Présentation des contributions

Découvrez une présentation des 15 contributions vidéo qui alimenteront le webinaire du 15 septembre. Les capsules vidéo seront disponibles à la mi-août 2026 sur la chaîne YouTube du PEPR FORESTT.

Nous vous invitons à visionner ces contributions avant le webinaire afin de vous familiariser avec les différents points de vue, d'alimenter la réflexion collective et de préparer les questions que vous souhaiterez partager lors des échanges. Pour faciliter la compréhension des enjeux et suivre une progression cohérente des thématiques abordées, nous vous recommandons de les visionner dans l'ordre proposé.

1ère Partie :  Définitions/Détection

Auteurs : Christophe Bouget (INRAE - Président du CS PNA Vieux Bois)


Résumé : Cet exposé introductif du webinaire établit une mise au point sémantique des nombreux termes gravitant autour des « vieilles forêts », depuis la terminologie anglophone (jargon scientifique international, vocabulaire technocratique de la commission européenne) comme « old-growth forest » ou « subnatural forest » jusqu’à leur déclinaison française (forêt mature, ancienne, subnaturelle, férale, naturelle, primaire, secondaire…).

Les vieilles forêts reposent sur la combinaison de plusieurs facteurs clés complémentaires : un état boisé ancien, des peuplements à un stade avancé dans la dynamique de l’écosystème et la succession écologique, ayant atteint les phases ultimes du cycle sylvigénétique, et où l’empreinte humaine est faible.
Pour être opérationnel, ce consensus conceptuel doit être traduit en indicateurs écologiques caractéristiques. Dans le cadre de l’élaboration du Plan National d’Action « vieux bois et forêts subnaturelles » (PNA VBFS), plébiscité par les Assises de la forêt et du bois en mars 2022 et lancé en avril 2023, la France a décliné et complété les 7 indicateurs, principaux ou complémentaires, proposés par la commission européenne.
Ces critères sont relatifs à l’indigénat des essences, à la densité de gros/vieux arbres, à la densité de bois mort, à la complexité de la structurale horizontale et verticale du peuplement, à la densité d’arbres porteurs de dendromicrohabitats, à l’origine naturelle ou anthropique du peuplement, à la présence d’espèces indicatrices, à l’ancienneté de l’état boisé, au niveau de pression anthropique et à une surface minimale.
Pour devenir opérationnels et employés pour la cartographie et la désignation, ces critères sont assortis de seuils quantitatifs, parfois contextualisés pour tenir compte de particularités biogéographiques ou de contraintes stationnelles.
Les vieilles forêts font partie d’un réseau de d’espaces boisés favorisant le maintien et le développement de la biodiversité dans le temps et l’espace (la trame de vieux bois) et montrent des intérêts écologiques variés (conservation de la biodiversité, stockage du carbone…).
 

Mots-clés : ancienneté, maturité, naturalité, trame de vieux bois, indicateurs
 

Auteurs : Sylvain Mollier (IGN), Laurent Bergès (UGA,INRAE, LESSEM), Jean-Luc Dupouey (Université de Lorraine, AgroParisTech, INRAE)
 

Résumé : Les veilles forêts sont des forêts caractérisées par une longue continuité temporelle de l’état boisé et un degré de naturalité du peuplement élevé. Ces forêts sont relativement rares et on estime que moins de 3 % de la surface forestière française est composée de vieilles forêts. Leur cartographie est donc primordiale pour mettre en œuvre des mesures de protection efficace.

Si certains des critères de naturalité ne peuvent être actuellement caractérisés uniquement pas une observation in situ, d’autres peuvent être vérifiés en amont, à l’aide de données cartographiques disponibles à grande échelle, permettant ainsi de réduire les zones à prospecter sur le terrain. 

C’est notamment le cas de la continuité de l’état boisé qui peut aujourd’hui être attestée sur l’ensemble du territoire grâce au travail de vectorisation de la première carte d’état-major (1818-1866) réalisé par de nombreux établissements (IGN, INRAe, ONF, Parcs nationaux et régionaux, etc.). Cependant, l’ancienneté de l’état boisé ne suffit pas à identifier une vieille forêt et d’autres informations (BD Forêts, Accessibilité physique, LidarHD, etc.) sont nécessaires pour identifier plus finement les secteurs à prospecter.

L’objectif de cette capsule est de présenter le travail de vectorisation de la carte d’état-major et de présenter les diverses sources cartographiques actuellement disponibles à large échelle pour aider à l’organisation des prospections sur le terrain pour l’identification des vieilles forêts. 
 

Mots-clés : vieilles forêts, cartographie, télédétection.

Auteurs : Emilie Tardieu (Toulouse INP), Yousra Hamrouni, Arnaud Le-bris, David Sheeren


Résumé : Cette étude porte sur la détection des vieilles forêts par deep learning, à partir de différentes sources de données de télédétection. L’objectif est de tester différentes manières de combiner ces informations pour voir quelles modalités sont les plus informatives, si la multimodalité apporte un réel gain par rapport à une source unique, et quelle stratégie de fusion est la plus efficace. L’étude porte sur six départements d’Occitanie : l’Aude, les Pyrénées-Orientales, l’Ariège, la Haute-Garonne, le Gers et les Hautes-Pyrénées. Quatre sources de données sont mobilisées : orthophotos infrarouge couleur, photos aériennes historiques, modèles de hauteur de canopée issus du LiDAR, et cartes de biomasse. Ces données sont confrontées à l’inventaire des vieilles forêts de Nicolas Gouix et Jean-Marie Savoie, qui sert de référence pour entraîner et évaluer le modèle.
 

Mots-clés : télédétection, vieilles forêts, deep learning, multimodalité.

2ème Partie :  Fonctionnement

Auteurs : Manon Collard (Toulouse INP), Olivier Martin, Nicolas Mellado, Nicolas Gouix, Laurent Larrieu, David Sheeren


Résumé : L’Indice de Biodiversité Potentielle (IBP) permet d’estimer la capacité d’accueil d’un peuplement forestier pour la biodiversité taxonomique ordinaire, à partir de 10 facteurs structurels, compositionnels et historiques. Un modèle prédictif de l’IBP a été calibré à partir d’environ 1000 placettes de terrain (CEN, CNPF, parcs naturels régionaux et nationaux), et des variables dérivées de données de télédétection disponibles sur toute la France (LiDAR HD, imagerie optique, données topographiques). En cours d’adaptation aux forêts méditerranéennes, ce modèle a déjà permis de spatialiser l’IBP sur 400 000 ha de forêts (PNR Pyrénées Ariégeoises, Pyrénées-Orientales, Haute-Savoie). Les résultats confirment la pertinence de la télédétection pour prédire l’IBP, avec une précision de l’ordre de 5 points. Une fois les derniers biais corrigés, le modèle permettra à terme d’estimer la qualité des habitats forestiers à l’échelle nationale, par exemple pour localiser des îlots de biodiversité dans le cadre de la conception de trames de vieux bois.


Mots-clés : LiDAR, télédétection, structure forestière, IBP, biodiversité

Auteurs : Nicolas Gouix (CEN Occitanie, École d’ingénieur de Purpan)


Résumé : Les vieilles forêts, caractérisées par l’ancienneté de leur état boisé et un haut niveau de maturité, sont reconnues comme un patrimoine naturel refuge d’une biodiversité rare et menacée. En particulier, les espèces dépendantes des vieux et très gros bois vivants, des bois morts de grosses dimensions sont particulièrement concernées. Si ces écosystèmes ont connu au cours de leur histoire l’intervention humaine, ils constituent aujourd’hui des forêts de référence pour comprendre les dynamiques d’évolution naturelle à l’échelle locale, leur taille étant le plus souvent réduite à des surfaces de quelques hectares à quelques dizaines d’hectares en plaine, et jusqu’à quelques centaines d’hectares en montagne. Elles présentent des caractéristiques originales, en premier lieu dans leur composition, avec par exemple la présence du hêtre dans des stations forestières pourtant aujourd’hui jugées défavorables à sa présence.

Cette composition est à mettre en relation avec leur trajectoire historique et notamment les activités humaines qui ont pu s’y développer. Elles présentent une forte diversité structurale du fait de leur maturité et une importante richesse en dendromicrohabitats. La présence d’une forte biomasse vivante et morte, au-delà de l’importance pour la biodiversité, confère à ces forêts un enjeu autour du stockage du carbone. Cette question n’est pas sans lien avec les caractéristiques de leur sol, que l’on considère comme n’ayant jamais subi d’altérations majeures telles qu’un défrichement, et dont l’exploration des qualités vis-à-vis de la biodiversité et du maintien des fonctionnalités commence seulement à être étudiée. Refuge d’une biodiversité singulière, mais également de riches cortèges d’espèces assurant une diversité fonctionnelle importante, elles constituent des cœurs de biodiversité fondamentaux pour la constitution de trames de vieux bois au sein des territoires, dont l’intérêt pour maintenir un cadre de gestion durable des forêts est aujourd’hui largement reconnu.

Mots-clés : Biodiversité, Très Gros Bois vivant, Bois mort, Dendromicrohabitats, Sols, Carbone ,  Histoire

3ème Partie :  Dynamique

Dynamique écologique

Auteurs : Mélanie Saulnier (CNRS, UMR GEODE), Sylvain Burri (CNRS, UMR TRACES), Vanessa Py-Saragaglia (CNRS, UMR IRAMAT-LMC)


Résumé : Les vieilles forêts occupent aujourd’hui une place centrale dans les stratégies de conservation de la biodiversité et d’adaptation des écosystèmes forestiers au changement climatique. Elles sont souvent perçues comme les derniers témoins d’une nature préservée, voire comme les vestiges de forêts « primaires » ayant échappé à l’influence humaine. 
Les études menées ces dernières années dans les Pyrénées françaises et les Carpates roumaines invitent cependant à nuancer cette vision. En combinant écologie historique, paléoécologie, archéologie et étude des archives, elles montrent que les forêts les plus matures d’Europe résultent d’une longue co-construction entre dynamiques naturelles et activités humaines. Même au cœur de certaines forêts considérées comme parmi les plus naturelles du continent, les traces d’usages anciens – pastoralisme, exploitation du bois, charbonnage ou activités minières – témoignent d’interactions parfois plurimillénaires entre les sociétés et les écosystèmes forestiers. 
Ce qui caractérise principalement les vieilles forêts n’est donc pas l’absence historique d’intervention humaine, mais le fait qu’elles aient bénéficié, au cours des dernières décennies voire des deux derniers siècles (XIXe-XXe s.), d’une très faible intensité d’exploitation. Cette continuité écologique a permis l’apparition progressive d’attributs de maturité remarquables : arbres de grande taille, bois mort abondant et microhabitats diversifiés, forte complexité structurelle et biodiversité associée.

Au-delà de leur valeur patrimoniale, les vieilles forêts constituent également de précieux témoins des trajectoires écologiques de long terme. Leur persistance jusqu’à aujourd’hui indique qu’elles ont traversé de multiples épisodes de changements climatiques, de fluctuations des usages et de perturbations naturelles tout en maintenant leur fonctionnement écologique. Elles offrent ainsi une occasion unique d’étudier les mécanismes qui favorisent la stabilité, la capacité d’ajustement et la persistance des écosystèmes forestiers dans la durée.

Des travaux conduits récemment dans les sapinières pyrénéennes suggèrent notamment que les peuplements les plus matures peuvent présenter une meilleure résistance aux sécheresses et aux contraintes climatiques que des peuplements plus intensément gérés, probablement grâce à leur complexité structurelle, à l’hétérogénéité des micro-environnements qu’ils abritent et à leur capacité à amortir certaines contraintes climatiques.

À travers cette capsule, il s’agira d’explorer comment l’histoire des vieilles forêts permet non seulement de mieux comprendre leur valeur patrimoniale, mais aussi d’éclairer leur rôle potentiel comme références écologiques pour identifier les mécanismes de persistance des écosystèmes forestiers et nourrir les réflexions sur la gestion et l’adaptation des forêts de demain.

Mots-clés : vieilles forêts, écologie historique, trajectoire, longue durée, résilience, persistance


Remerciements : Cette communication s’inscrit dans le cadre des projets :
•  MITI OASIC FORETEXIL (2017-2019)
•  ANR JCJC BENDYS (ANR-19-CE03-0010) : https://anr-bendys.cnrs.fr
•  Occigen : https://hal.inrae.fr/OCCIGEN  financé par la Région Occitanie.
•  PEPR FOREST - FORESTT HUB (https://www.pepr-forestt.org/projets/pc-forestt-hub) : Living Lab Forêts pyrénéennes

Auteurs : Vanessa Py-Saragaglia (CNRS, UMR IRAMAT-LMC), Sylvain Burri (CNRS, UMR TRACES), Laurent Larrieu (CNPF), Sophie Maillé (Nature En Occitanie), Jonathan Migeot (Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées) et Mélanie Saulnier (CNRS, UMR GEODE)


Résumé : Comme l’a montré la contribution de Saulnier et al., le retour de fonctionnalités naturelles dans les vieilles forêts ne s’opère pas sur un socle vierge, mais dans des espaces anciennement anthropisés, domestiqués, travaillés et recomposés par les sociétés, avant d’être abandonnés, réservés ou volontairement laissés en libre évolution. Loin d’un retour à une nature primaire, et en l’absence d’un cortège fonctionnel complet, ce processus donne naissance à de nouveaux paysages forestiers, particulièrement propices à être pensés à travers le concept de féralité et la notion d’héritage bioculturel.

L’objectif de cette contribution est donc de déplacer le regard, en envisageant la féralité comme une alternative au seul cadre du réensauvagement, entendu comme le fait de « laisser la nature proposer ses propres réponses aux perturbations ». Parce qu’elles évoluent spontanément tout en conservant les traces durables des usages passés, les vieilles forêts invitent à développer de nouveaux outils d’évaluation. C’est dans cette perspective que sera présenté l’Indice d’anthropisation à effets Potentiels, ou IAP, un outil destiné à intégrer les héritages socio-écologiques des activités humaines dans l’étude des peuplements forestiers, en évaluant à la fois leur degré d’anthropisation passée et les effets persistants de celle-ci sur le fonctionnement des écosystèmes.


Mots-clés : Féralité forestière, Vieilles forêts, Héritage bioculturel, Indice d’anthropisation à effets potentiels (IAP)

Auteurs : Maria Cano Luengo (IPP), François Libois (PjSE / INRAE)


Résumé : Cet article montre que, paradoxalement, la forte demande préindustrielle pour une ressource renouvelable a conduit à sa préservation. Les zones situées dans un rayon de 12 km autour des forges représentent environ 10 % des forêts anciennes restantes.


Mots-clés : Métallurgie pré-industrielle, forêts anciennes subnaturelles, activités économiques, longue durée, structure des propriétés forestières et agricoles, analyse spatiale

Dynamique évolutive

Auteurs : Caroline Scotti-Saintagne (INRAE, URFM)


Résumé : Les vieilles forêts, qui ont évolué pendant de longues périodes sous une faible influence humaine, constituent des réservoirs remarquables de biodiversité. Elles sont aujourd’hui devenues rares dans de nombreuses régions d’Europe et font l’objet d’un intérêt croissant en raison de leur valeur écologique et patrimoniale. Leur protection et leur conservation sont essentielles, tandis
que des stratégies de gestion adaptées doivent permettre à davantage de peuplements forestiers d’évoluer vers des stades de maturité avancés. Le renforcement de la résilience de ces écosystèmes nécessite la conservation de l’ensemble des composantes de la biodiversité : écosystèmes, espèces et diversité génétique. Si les approches de conservation se sont historiquement appuyées sur des indicateurs écologiques et taxonomiques, la diversité génétique est désormais reconnue comme une composante essentielle de la biodiversité en raison de son rôle fondamental dans l’adaptation et la capacité de réponse des populations aux changements environnementaux

La diversité génétique est structurée à différentes échelles spatiales, depuis les grands gradients biogéographiques jusqu’aux adaptations locales associées aux conditions environnementales. Ces schémas soulignent l’importance de concevoir les stratégies de conservation en tenant compte des spécificités territoriales et des processus évolutifs qui façonnent les populations forestières.

Les recherches récentes sur les vieilles forêts commencent à intégrer des indicateurs génétiques aux indicateurs de biodiversité traditionnellement utilisés. Une approche intégrative combinant ces différentes dimensions apparaît nécessaire pour mieux évaluer leur valeur de conservation et leur potentiel adaptatif.

Mieux comprendre la capacité d’évolution des vieilles forêts, en comparaison avec les forêts plus fortement anthropisées, devrait permettre d’identifier des zones prioritaires pour la conservation et de mettre en œuvre des plans d’action conciliant la libre évolution des écosystèmes forestiers et des interventions de gestion favorisant leur adaptation, tout en maintenant les services rendus par la forêt, notamment la production de bois.


Mots-clés : vieilles forêts, diversité génétique, conservation intégrative, adaptation, résilience.


Remerciements : Cette communication s’inscrit dans le cadre du projet Occigen,  financé par la Région Occitanie.

Auteurs : Ivan Scotti (INRAE, URFM)


Résumé : Les populations d’arbres forestiers sont connues pour héberger des forts niveaux de diversité génétique, et nous faisons généralement le postulat que ce « matériau » est le carburant qui permet aux forêts de se maintenir face à un environnement fluctuant à l’échelle géologique et historique.

Si cela peut être inféré rétrospectivement, à partir du constat que les espèces forestières se sont maintenues dans les zones refuge, puis se sont répandues à partir de ces refuges, au fil des cycles glaciaires, en s’adaptant aux nouvelles conditions environnementales, nous en savons beaucoup moins sur le rôle immédiat et à court terme – à l’échelle de la génération – de cette diversité dans le maintien et l’expansion locale des forêts à l’échelle du paysage et de la région.

Nous allons comparer les niveaux de diversité, à la fois dans le patrimoine génétique et dans les caractères adaptatif, entre forêts naturelles anciennes et forêts naturelles récentes, issues de l’expansion naturelle à partir des forêts anciennes. Est-ce qu’on peut constater des différences en termes de diversité et de potentiel d’adaptation ? Est-ce que les forêts anciennes contiennent une diversité suffisante pour alimenter l’adaptation à de nouveaux environnements et de nouveaux climats ? Pour répondre à la première question, nous nous appuierons sur des comparaisons multi-espèces entre forêts anciennes et récentes ; pour répondre à la seconde, nous discuterons des exemples individuels (hêtre, chêne) de populations d’arbres forestiers ayant subi des processus adaptatifs récents et bien connus, à l’échelle d’un tout petit nombre de générations.

À partir de ces comparaisons nous pourrons tirer des conclusions à la fois sur la conservation et la gestion du potentiel d’adaptation des forêts et sur la pertinence des indicateurs de résilience adaptative des forêts.
 

Mots-clés : Diversité génétique, Potentiel adaptatif, Expansion naturelle des forêts, Résilience adaptative, Gestion et conservation forestières

Auteurs : Rémy Petit (INRAE, UMR BIOGECO), Catherine Bodenes (INRAE, UMR BIOGECO)


Résumé : Dans les approches de la naturalité des vieilles forêts, l’« indigénat » des essences d'arbres constitue un critère déterminant (couvert forestier composé à 100 % d’essences « indigènes »). Pourtant, cette notion est souvent employée sans définition explicite, ce qui entretient une confusion entre différentes notions proches mais pas identiques (indigénat, autochtonie et spontanéité), ainsi qu’entre différentes échelles spatiales et temporelles d’analyse. Nous proposons de considérer comme autochtones — terme que nous préconisons — les espèces qui, sur un territoire donné, ont soit persisté durant la dernière glaciation, soit recolonisé naturellement ce territoire après celle-ci. Le caractère spontané ou non des arbres actuels (issus de régénération naturelle ou de plantation) est, en lui-même, sans incidence sur ce statut. Cette clarification conceptuelle est importante, car le classement d’une espèce comme non autochtone peut conduire à son exclusion des dispositifs de conservation des ressources génétiques, des référentiels de végétaux locaux, ou de la reconnaissance des habitats prioritaires pour la conservation, tout en influençant l’évaluation de la naturalité des forêts subnaturelles.

Le châtaignier constitue un cas emblématique de cette problématique. Cette espèce, souvent associée aux forêts secondaires ou récentes en raison de son caractère pionnier ou post-pionnier, est parfois qualifiée d’« archéophyte ». Nous présentons de nouveaux arguments en faveur de l’existence de populations refuges glaciaires du châtaignier en France, à partir d’analyses génétiques et paléoécologiques en cours. Pour de nombreuses régions françaises où l’espèce est présente, une recolonisation postglaciaire à partir de ces refuges nous apparaît, à ce stade, plus parcimonieuse que l’hypothèse d’une introduction par l’homme, même si ce dernier a fortement favorisé son expansion à partir de l’époque romaine.


Mots-clés : essences d'arbres, indigénat, autochtone, analyse génétique, régénération naturelle

AuteursJulien Bonnier (INRAE, UMR BIOGECO)


Résumé : Dicorynia guianensis (l’Angélique) est l’essence commerciale dominante des forêts de Guyane française. Afin d’évaluer les impacts de la gestion forestière sélective sur les dynamiques de flux de gènes, nous avons combiné des approches directes (analyses de parenté) et indirectes (structure génétique spatiale, SGS)  à l’aide de marqueurs SSR nucléaires et chloroplastiques, répartis dans plusieurs populations soumises à différents régimes de gestion. L’analyse de la SGS a permis d’inférer les paramètres historiques de dispersion, révélant des contrastes marqués entre sites. Les analyses de parenté contemporaines ont mis en évidence des différences dans les distances de dispersion des graines et pollens, les taux d’assignation parentale et l’inégalité de succès reproducteur. Dans les populations exploitées, une asymétrie reproductive a été observée, réduisant le nombre effectif de reproducteurs et augmentant la parenté entre juvéniles. Ces résultats montrent que si la gestion actuelle n’entraîne pas d’érosion génétique immédiate, elle altère les dynamiques de dispersion et de reproduction, soulignant l’importance d’un suivi génétique à long terme pour évaluer la résilience évolutive de cette espèce à travers les cycles d’exploitation.


Mots-clés : flux de gènes, structure génétique spatiale, analyse de parenté, succès reproducteur, exploitation sélective, forêt tropicale

4ème Partie :  Gestion

Auteurs :  Itock Christian, Tchiofo rodine, Manga Essouma François, Heu Alain, KABELONG BANOHO Louis Paul Roger et Njankouo Jean Michel (Université d’Ebolowa)


Résumé : Dans un contexte d’urbanisation accélérée en Afrique centrale, les forêts urbaines constituent une infrastructure verte essentielle pour la résilience des villes du bassin du Congo. Cette étude analyse la structure floristique, le statut de conservation et la Valeur Économique Totale (VET) des biens et services écosystémiques de la forêt urbaine d’Ebolowa.

Une approche mixte a combiné inventaires floristiques et enquêtes socioéconomiques. Les relevés ont été réalisés à partir de placettes de 50×50 m et de transects de 10×50 m. Les arbres considérés avaient un DHP ≥ 10 cm et une hauteur ≥ 2 m. Au total, 1 082 individus ont été recensés sur une superficie de 56,3 ha. La flore est dominée par les Arecaceae (28 %). La distribution diamétrique, centrée sur [20–30 cm], indique une structure jeune et anthropisée. L’analyse UICN montre une prédominance des statuts Non Évaluée (NE) et Préoccupation Mineure (LC). Quelques espèces Vulnérables sont néanmoins présentes. La VET moyenne est estimée à 23 497,39 USD/ha/an (14 098 434 FCFA), dont 84 % liés au bois de chauffage. Ces résultats soulignent la multifonctionnalité et la vulnérabilité du site, appelant à une gouvernance intégrée et durable.


Mots-clés : : forêt urbaine, changement climatique, bois énergie, biens et services écosystémiques, gouvernance urbaine

Auteurs : Céline Emberger (Conservatoire d’Espaces Naturels d’Occitanie)


Résumé : En France et en Europe, les vieilles forêts font de plus en plus parler d’elles. Pour autant, leurs particularités et les enjeux qu’elles représentent restent souvent très partiellement compris. Dans les forêts cultivées, les démarches de préservation d’arbres-habitats ou de désignation d’ilots de sénescence sont devenues relativement familières, mais leur mise en œuvre sur le terrain continue de questionner et de challenger les forestiers dans le quotidien. Dans un contexte où la forêt privée et morcelée est majoritaire, la mise en œuvre des trames de vieux bois fonctionnelles nécessite l’implication de nombreux acteurs et représente un défi collectif. Propriétaires privés, associations, organismes d’État…
Chacun à un rôle à jouer dans la conservation des espèces et des enjeux associés à la maturité, contribuant à la connectivité globale d’éléments en réseau. Des outils et ressources techniques existent pour accompagner les gestionnaires dans la mise en place des trames de vieux bois, déclinant la libre évolution à trois échelles : arbres, îlots, réserves, visant à traduire de manière opérationnelle l’état des connaissances actuelles. Des leviers d’actions financiers et juridiques émergent progressivement pour accompagner ces démarches, au cœur d’une gestion dite intégrative.


Mots-clés : arbre-habitats, îlot de sénescence, maturité, trame de vieux bois, biodiversité, gestion, outils

Auteurs : Arnault Lalanne (Parc National de Forêts), Hélène Le Borgne (Parc National de Forêts)


Résumé : Les forêts matures et en libre évolution constituent des réservoirs majeurs de biodiversité, contribuent aux cycles biogéochimiques et au stockage du carbone, et servent de référence pour comprendre les trajectoires naturelles des forêts. Pourtant, elles restent aujourd’hui rares et fragmentées, ce qui limite leur fonctionnalité écologique et la dispersion des espèces inféodées (Burrascano et al., 2013 ; Sabatini et al., 2020). Face à cette rareté, les stratégies de conservation visent désormais à favoriser le développement progressif des attributs des forêts matures, en particulier dans les forêts gérées (Bauhus et al., 2009).

Un niveau élevé de naturalité est généralement associé à une forte diversité structurelle, à la présence de gros bois vivants et morts, d’arbres-habitats, ainsi qu’au maintien d’une biodiversité spécialisée (Winter, 2012). Bien que cette notion de naturalité reste polysémique (Guetté et al., 2018), son évaluation repose aujourd’hui sur ces indicateurs structuraux, fonctionnels et de dynamiques des peuplements. Ils permettent notamment d’évaluer l’effet de la gestion forestière sur l’état de conservation des peuplements et s’appliquent à différentes échelles spatiales, du peuplement au paysage forestier (Du Bus de Warnaffe et Devillez, 2002 ; Winter 2005 ; Rossi et Vallauri, 2013 ; Côté et al. 2019, 2020).

Dans cette perspective, le Parc national de forêts a développé une trame de naturalité, visant à préserver les secteurs les plus naturels tout en renforçant, à l’échelle du paysage, un réseau fonctionnel de forêts matures et d’espaces en libre évolution. Déployée progressivement selon les statuts fonciers et les enjeux de conservation, elle associe des réservoirs de biodiversité (réserves intégrales et réserves biologiques intégrales), des peuplements favorisant la maturation des forêts (îlots de sénescence, îlots de vieillissement et secteurs hors sylviculture en évolution naturelle) ainsi que des arbres-habitats jouant un rôle d’éléments relais pour de nombreuses espèces. Les objectifs de déploiement sont adaptés selon le zonage du Parc national, avec des niveaux d’ambition différenciés entre le Cœur et l’aire d’adhésion.

Prévue pour être pleinement opérationnelle à l’horizon 2034, cette trame fera l’objet de suivis destinés à évaluer la connectivité fonctionnelle entre ses différents éléments, ainsi que l’évolution des arbres-habitats, du bois mort et des peuplements en libre évolution, notamment grâce à un réseau de placettes permanentes et en lien avec le Plan national d’actions « Vieux bois et forêts subnaturelles ».
 

Mots-clés : naturalité, forêts matures, bois morts, libre évolution, îlots de vieux bois, connectivités

Inscriptions

Les inscriptions (participation à la conversation scientifique du 15 septembre) sont ouvertes ici.

Pour les contributeurs et contributrices, vous trouverez en bas de cette page un tutoriel pour enregistrer une capsule vidéo (présentation et diaporama) avec la plateforme de webinaire « Viso-agent », récemment lancée par l’État français.
Nous sommes bien sûr disponibles pour répondre à vos questions. Pour cela, il vous suffit de nous contacter à l’adresse equipe@pepr-forestt.fr.

Les animat.eur.rice.s du webinaire : Caroline Scotti-Saintagne, Frédéric Jean, Christophe Plomion (INRAE)
 

Calendrier

  • Début juillet : Diffusion du programme définitif (liste des orat.eur.rice.s / titre et résumé)
  • 15 août : Date limite du dépôt des communications FR ou EN sous forme vidéo (format court 5mn – format long 20mn)
  • 4 septembre : Date limite pour déposer vos commentaires qui alimenteront la discussion du 15 septembre.
  • 15 septembre : Introduction (5min), rapide rappel des contributions (15min), discussion et réponses aux questions posées sur YouTube et en direct (2h), conclusion (10min) - Discussions structurées par les animateurs, Caroline, Christophe et Frédéric 

Tutoriel « Visio-agents »

Retrouvez le tutoriel pour enregistrer une capsule vidéo sur ce lien. Le principe reste le même si vous utilisez la plateforme « Visio-agents » ou « Zoom ».

Pour toute question, vous pouvez nous contacter à l’adresse equipe@pepr-forestt.fr.

L’équipe du PEPR FORESTT